Jacques Trentesaux est journaliste, il a collaboré aux Echos, à la Croix puis à l’hebdomadaire l’Express où il était responsable du Service Régions.

Il vient nous parler de la crise profonde de la presse écrite et de son nouveau projet Médiascité.

Pour lui le journaliste doit être indépendant et servir l’intérêt général et le bien commun. La presse écrite est à l’origine d’une part importante de l’information, les journalistes de l’audiovisuel commencent la journée par la lecture des journaux.

La presse écrite emploie encore les 2/3 des 35000 journalistes français dont le nombre diminue légèrement depuis 2009 . La baisse est masquée par le changement des règles d’obtention de la carte de presse… le métier reflète des écarts de ressources très larges entre quelques vedettes et de nombreux pigistes en difficulté.

La presse écrite a subi 3 séismes successifs :

  • l’apparition des journaux gratuits,
  • l’arrivée du numérique qui a impacté la production, le modèle économique et la consommation de l’information,
  • La migration du marché publicitaire vers de nouveaux supports et de nouveaux acteurs (google , facebook …),

La course à l’équilibre est éperdue et vaine. Pour une même exposition de message la publicité sur le net est dix fois moins chère que la presse écrite qui doit apprendre à vivre sans la publicité qui assurait 40% de ses recettes.

Le marché publicitaire est « désintermédié » avec un  public contacté sans intermédiaire structuré sur les divers médias sociaux.

Google et Facebook captent 95% du marché. D’où une baisse progressive de la qualité des journaux sous la pression des déficits d’exploitation.

 

La presse a démarré en 1631 par la Gazette de Théophraste Renaudot.En 1834 Girardin introduit la réclame dans les journaux. Le nouveau virage aujourd’hui est la disparition de la publicité.

La valeur des actifs de presse est en chute libre , le Groupe Express acquis 242 M€ en 2006 a été cédé 40 M€ en 2015 dont seulement la moitié a été payée suite à une remise en cause des chiffres fournis.

La part des journalistes appartenant aux CSP+ a diminué de 25%.

Aujourd’hui la presse écrite française est à 80% aux mains de 7 ou 8 milliardaires du luxe ou des médias pour qui elle ne constitue pas un actif stratégique.

La situation française est spécifique. En Angleterre et en Allemagne il existe des groupes de presse importants, fortement capitalisés qui résistent mieux à la nouvelle situation.

La France se caractérise par une sous capitalisation qui nuit à l’investissement, des habitudes de lecture différentes et des tailles d’entreprises insuffisantes.

Quelles solutions trouver pour redresser la situation ?

  • Changer les statuts de la presse , passer d’une activité marchande à une activité d’intérêt général , permettre des fondations de nouveaux supports d’information.
  • Revoir le financement des activités , réorganiser le versement des 800M€ d’aide à la presse passer du saupoudrage au choix d’investissement , permettre la défiscalisation et l’investissement populaire.
  • Trouver une nouvelle proximité avec le public.

 

Le travail à accomplir est important pour conserver une presse écrite viable et éviter les conflits d’intérêt.

Notre conférencier a 50 ans dont 25 ans dans la presse . Il a pris le risque de se porter volontaire au départ dans le cadre d’un plan social pour créer avec plusieurs collègues un site d’information d’investigation à Lille nommé Médiacité avant la fin de l’année.

Ce support sera numérique et par abonnement (6€ par mois) sans publicité.

Il s’appuiera sur des journalistes locaux et suscitera le débat public.

La tentative est risquée mais il faut offrir une presse de qualité pour des citoyens éclairés.

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