La période 1944-1956

 

La libération de Lille à peine survenue en Septembre 1944, les membres encore présents du club s’empressèrent de se réunir, cette fois officiellement. Les habitudes prises lors des réunions clandestines chez Albert THESIO nous incitèrent tout naturellement à installer notre gîte à l’Hôtel Terminus, où, à part une coupure de deux ans, il est toujours demeuré.

 

Les conceptions et les idéaux du Rotary, encore mal compris avant guerre s’imbriquaient étroitement avec les idées de liberté et d’altruisme qui s’irradiaient en pleine lumière au lendemain de la Victoire. La libération, dont l’Amérique était le principal agent, donnait encore une coloration plus attrayante à un club dont l’origine remontait à 1905 dans cette même Amérique. Nombreux étaient ceux qui, dorénavant, souhaitaient adhérer à notre groupement. Il fallait au club un Président exceptionnel prêt à assumer le renouvellement. Le choix unanime, et qui fut particulièrement heureux, se porta sur Roger COUTANT. Après avoir été mobilisé, il avait pu échapper à la mort et à la captivité, avait passé les deux dernières années en Algérie, où il avait eu le privilège de connaître la libération dès le débarquement des Américains en 1942. Son dynamisme en faisait l’homme tout indiqué pour assumer la Présidence du club en 1945-46. Très vite venaient à nous Joseph KAMPE de FERIET, Jean-Léon RATEL, Eugène BAVIERE, Pierre COMBEMAILLE, Monseigneur DETREZ, le Recteur SOURIAU, Guy DEBEYRE, alors Doyen de la Faculté de Droit, Marcel GUERRE. La pénétration du club dans tous les milieux de la cité était évidente, et sa renommée considérable. Nous avions même, parmi nous, quelques Roubaisiens et Tourquennois, Robert DELLANNOY « Grand As » de la guerre 1914-1918, Edmond et Eugène MASUREL, des Armentièrois, Jean COSSART, notre club, du fait de son unicité, ayant un rayonnement régional.

 

Les contacts avec Folkestone et Gand avaient immédiatement repris et ce avec d’autant plus d’intérêt qu’ils avaient été interrompus durant 5 ans et nous avions tant de choses à nous raconter et tant à apprendre les uns des autres. Le Consul de Suisse, Fred HUBER, voulut nous lier avec Bale. Si ces liens n’eurent que peu de conséquences, l’entrée au club de Fred HUBER nous apporta un homme de cœur particulièrement chaud sous des dehors… « suisses ». Il prit la présidence de la Commission de l’Amitié et fut le créateur de cette coutume de nos réunions les uns chez les autres, à l’occasion de nos anniversaires décénaux. IL excellait dans la rédaction de ces discours d’anniversaire et tint à conserver ce rôle qu’il considérait avec raison comme primordial pour le maintien et le développement du climat d’amitié. A sa mort, ce devait être Jean-Léon RATEL qui reprit la charge avec un égal bonheur.

 

La grande question qui se posait était celle de nos contacts éventuels avec l’Allemagne. Fallait-il pousser à la résurrection des clubs allemands et leur tendre la main ou s’y opposer ?

 

Les tendances étaient divisées au sein du club. Les années de souffrance et de haine étaient encore tout près. Ce fut Roger COUTANT, assisté de Jean CARONI, de Joseph KAMPE de FERRIERT, de Jean-Léon RATEL, d’Eugène BAVIERE et du narrateur, qui emportèrent la décision positive du club.

La première rencontre fut organisée sous l’égide de Roger COUTANT en mai 1950. Il était alors Gouverneur du District. Il faut se rappeler qu’à l’époque, le district ouvrait le Nord et l’Est de la France, donc toute notre frontière avec l’Allemagne. C’était donc lui qui devait logiquement s’exprimer au nom des Rotariens Français. Roger COUTANT se rendit à Baden-Baden, accompagné de Jean CARONI et d’Albert EHRET Président du club de Strasbourg. Ils trouvèrent Robert HAUSSMANN, premier Gouverneur Allemand du club reconstitué, BASER futur Gouverneur et le professeur HEDINGER. Quelques jours plus tard, Roger COUTANT accompagné de 7 Rotariens français, assista à la première conférence du district allemand. Il y prit la parole et conclut en ces termes : «  Réaliser l’unité européenne dans le Rotary pour commencer à rétablir les relations entre le Rotary français et le Rotary allemand, voilà notre premier devoir »

La semaine suivante, le 20 mai 1950, Robert HAUSSMANN vint, accompagné de quelques Rotariens Allemands à notre conférence de district de Strasbourg. Courageusement, et dans l’émotion générale, il procéda à la déclaration suivante

« Nous autres, Rotariens allemands, nous condamnons toute action qui a pu être dirigée contre la justice, la morale et les droits de l’homme, et en particulier, tous les forfaits et actes inhumains quels que soient le moment et le lieu où ils se sont produits et où ils pourraient se produire encore. Nous déplorons les souffrances qui ont été la conséquence de tels actes ou qui pourraient l’être encore. Nous regrettons par dessus tout, toute agression lancée au mépris du droit des peuples contre les nations voisines ».

Peu de tribunes auraient permis une telle déclaration. Ce souvenir restera gravé en nous à la gloire du Rotary. 

A Heidelberg, eut lieu la première réunion du Comité Franco-Allemand reconstitué. Roger COUTANT, Joseph KAMPE de FERIET, Jean CARONI et Jean-Léon RATEL y représentèrent notre club. Par ailleurs,une réunion avec notre club contact de Cologne réunit pratiquement tous les rotariens des deux clubs et leurs épouses au Mont KEMMEL. En face du Monuments aux Morts, dans une envolée vibrante, Roger COUTANT demanda à nos camarades allemands de jurer avec nous un « Plus jamais ça ». Le Rotary et spécifiquement notre club de Lille a à cette époque bien œuvré pour la paix du monde et la réconciliation franco-allemande. Depuis lors, se réunissant chaque année, le Comité Franco-Allemand du Rotary a groupé 170 clubs contacts dans nos deux pays.

 

Comme l’a exprimé Jean CARONI, lors de la remise de la Distinction d’officier du Mérite de la République Fédérale Allemande :

« La véritable victoire est celle que nous remportons sur le passé pour le surmonter sans l’oublier ». Nous espérons une Europe unie réalisant nos rêves de jeunesse et la volonté de notre jeunesse actuelle sachant que l’Europe a autant besoins de l’Allemagne que l’Allemagne de l’Europe. C’est dans le souvenir de Roger COUTANT de tous ceux qui dès 1950 se sont dévoués à l’œuvre de réconciliation que nous avons assumé cet hommage ».

 

Les années qui suivirent, marquées par le traité de Rome et l’empreinte d’hommes comme Robert SCHUMAN, le Chancelier ADENAUER, Jean MONNET, nous laissèrent espérer et croire aux rêves les plus fous. On allait pacifiquement créer une Europe unie dont la puissance résultat de son union éloignerait à tout jamais la guerre et apporterait la prospérité économique. Les intérêts égoÏstes et les chauvinismes nationaux reprirent vite le dessus, et l’on ne créa qu’une sorte de zone de libre échange où il fallut tenter de contrebalancer les avantages réciproques et où la sécurité n’est en rien garantie.

Durant ce temps, notre club se développait et un phénomène qui ne s’était manifesté que timidement avant la guerre, s’élargissait : la création de nouveaux clubs, au début tous filleuls. Lille fut directement à l’origine de la naissance d’Amiens, Dunkerque et Valenciennes en 1938, Douai et Cambrai en 1947, Béthune en 1950, Roubaix-Tourcoing en 1954 , Armentières en 1955, Lille Nord et Lille Sud en 1960.

 

Notre club, le plus ancien du district, eut l’honneur de recruter successivement cinq gouverneurs : Roger COUTANT en 1949-1950, Jean CARONI en 1954-1955, Jean-Léon RATEL en 1959-1960, Emile VAN DE PUTTE en 1970-1971, Jacques PRUVOST en 1979-1980.

 

Chacun s’efforça d’apposer son empreinte. Les districts diminuant de superficie au fur et à mesure qu’augmentait le nombre des clubs français du Rotary, de manière à constituer toujours un ensemble d’environ 50 à 52 clubs.

 

Parmi les voyages organisées l’un des plus notables Jean CARONI régnant, fut, après la Conférence de Strasbourg, une croisière fluviale sur le Rhin, départ de Strasbourg arrivée à Rotterdam, avec de nombreux contacts avec les clubs rhénans notamment au pied de la Lorelei dans l’Allemagne romantiques.

Peut-être est-il intéressant de rappeler le premier grand échange entre 300 jeunes d’Amérique et 300 jeunes du district, qui fut organisé par le narrateur. Deux avions Sabena transportèrent les jeunes Français et Belges de Bruxelles en Virginie en 1970 et 300 jeunes Américains furent accueillis en France en 1971. Bien des amitiés et même deux mariages scellèrent plus tard ce grand échange. L’organisation s’avérant toutefois trop lourde pour être prise en charge par un Gouverneur de district, elle fut reprise par la suite par le Comité National Français, en accord avec plusieurs districts américains.

 

Nos réunions avec Gand, toujours fidèles, atteignirent peut-être leur sommet lors des floralies de 1954. La magnifique exposition nous fut réservée pour une nuit exceptionnelle. Monseigneur DETREZ, qui nous accompagnait, apparut en capa magna. Les hommes en habit et décorations, les épouses, toutes plus belles et joliment parée les unes que les autres. Le siècle jetait ses derniers feux. On semble préférer aujourd’hui le blue jean !

 

Les réunions du club, qu’il se composât de trente, cinquante ou quatre vingt membres se déroulèrent de tout temps et dès la naissance avec le même cérémonial. Il semble cependant que durant les vingt premières années et peut-être par suite du moins grand nombre beaucoup de Rotariens participaient fréquemment et successivement à l’animation des réunions. Ces interventions étaient brèves, elles se produisaient sous la forme d’un flash d’information sur un sujet d’ordre général revêtant un intérêt particulier momentané. Un de nos banquiers évoquait impromptu un problème financier ; un voyageur au long cours donnait son opinion sur l’évolution récente de sa profession. Nous bénéficiions de l’audition de délicieux conteurs comme André ROLEZ.

 

Le programme des réunions n’était généralement point tracé plusieurs semaines à l’avance, mais faisant l’objet de plus d’inattendu mais aussi de plus de participation de la part de chaque membre. Parfois, nous bénéficiions de la venue de conférenciers de renom et alors, bien entendu, l’essentiel de la réunion leur était réservé.

 

On pourrait citer à l’infini le thème de ces conférences. Je me contenterai de rappeler celles de Monsieur LEFAUCHEUX, alors Directeur Général de la Régie RENAULT, amené par Victor PRUVOST, dans les immédiates années d’après-guerre , Paul Emile VICTOR, le grand explorateur polaire présenté par Pierre PRUVOST, Emile SERVAN SCHREIBER, Directeur des Echos invité par Roger CHEVAERT, Emile SCHUELLER venant nous parler du salaire proportionnel , Maurice SCHUMANN magnifiant l’Appel du 18 juin et le Colonel REMY rappelant les hauts faits de son réseau de résistance «  Notre-Dame ».

 

Je voudrais évoquer aussi cette émouvante réunion de 1945, où trois de nos compatriotes, dont CHRISTIAENS qui devait devenir Ministre assistèrent à notre déjeuner ayant revêtu leur costume de bagnard des camps de déportation et où chacun d’eux égrena ses souvenirs dans une atmosphère qui nous parut presque irréelle.

 

Il ne faut pas manquer de rappeler la célébration en mars 1952 du vingt cinquième anniversaire du Club de LILLE, Roger GHEVAERT étant alors son Président. Il fut fêté dans le cadre de la Foire Commerciale de Lille et son prestige se trouva encore rehaussé par l’exposition dans une immense salle contiguë des floralies lilloises. La Municipalité lilloise avait réservé pour ce soir à notre seule disposition la visite et l’admiration de ce merveilleux ensemble floral embelli encore par une illumination féerique.

 

Parmi les Présidents de cette époque dont plusieurs hélas ne sont plus, Eugène BAVIERE a bien voulu apporter le témoignage de son année. Eugene Baviere

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